Sécurité et Prévention, Témoins de maltraitances.

Paru dans le livre « Interroger la qualité. Penser les conditions d’accueil favorables au jeune enfant. » PEP, Lausanne, 2012.

Le traumatisme de la maltraitance

Le thème de la rencontre d’aujourd’hui me tient à cœur, puisque voici dix ans que deux de mes collègues et moi-même avons créé à Lausanne «Faire le pas: parler d’abus sexuels», une association d’aide et de soutien aux hommes et aux femmes abusés sexuellement dans leur enfance. C’est également à cette période que j’ai soutenu la création et développé le concept des groupes thérapeutiques de l’association «Familles solidaires» qui vient en aide aux enfants et aux adolescents victimes d’abus sexuels, à leurs parents, ainsi qu’aux adolescents auteurs d’abus.

En 1993, peu de personnes parlaient de ce sujet encore très tabou; le fait d’y consacrer toute une journée, un samedi particulièrement, spécifiquement destiné aux professionnel-le-s de la petite enfance, souligne le courage et la ténacité des participant-e-s. Ces deux atouts sont particulièrement nécessaires quand nous nous retrouvons confronté-e-s à ce type de problématique.

Il n’est sans doute pas inutile de nous accorder tout d’abord sur la notion de maltraitance et d’abus. Le type de maltraitance dont je vais vous parler peut être physique, sexuelle, psychologique ou relevant de la négligence et de carences graves. Par «graves», nous entendons plus particulièrement le traitement systématique de l’enfant comme un objet, cela de manière répétée dans la fréquence et dans la durée des actes posés.

La maltraitance en tant que traumatisme physique et psychologique

Les recherches dans le domaine de la maltraitance ont été nombreuses au cours de cette dernière décennie, et nous possédons aujourd’hui des indicateurs fiables qui assimilent la maltraitance grave et les abus sexuels à des traumatismes non seulement physiques, mais également psychologiques.

Ces formes de mauvais traitements envers les enfants entrent dans la catégorie de ce qui est cliniquement libellé «traumatismes de type II». Contrairement aux traumatismes de type I qui font référence à des événements inattendus, uniques et ponctuels, les traumatismes de type II surviennent de manière répétitive et l’auteur est souvent connu de la victime.

Traumatisme de TYPE I Traumatisme de TYPE II
Unique et ponctuel Répété dans le temps
Accident Maltraitances graves (psychologiques, privations, négligences)
Catastrophe naturelle Sévices physiques
Prise d’otage Abus sexuels
Attentat Guerre
Agression Tortures
Deuils subits Internement dans des camps

Tableau tiré de : “L’enfant victime d’agression – Etat de stress post-traumatique chez l’enfant et l’adolescent. » G.Vila, L.-M. Porche, M.-C. Mouren-Siméoni, éd. Masson, Paris, 1999

Un traumatisme est un événement qui va à l’encontre du déroulement «naturel» de la vie et qui confronte l’individu à la MORT. Le danger de mort peut être réel – attaque physique violente, avec ou sans arme, bombardement, enfermement – ou perçu par l’individu comme réel. L’enfant peut également avoir la sensation dans son corps, son psychisme et son âme, qu’il va mourir, car il est menacé dans son intégrité sans pour autant être en présence d’une arme, d’une menace explicite ou d’une violence agie1« L’inceste et l’incestuel. » P-C. Racamier, éd. du Collège, Paris, 1995..

Nous pouvons donc constater que les maltraitances physiques, psychiques et sexuelles, répétées dans le temps, auront les mêmes conséquences à court, moyen et long terme que celles infligées par la guerre, la torture ou l’internement dans des camps. Cela revient à dire que les horreurs dont nous sommes les témoins passifs lors du journal télévisé ou par le biais d’autres médias ne sont que des exemples visibles de ce que certains enfants subissent quotidiennement dans leurs familles.

Les mécanismes instinctifs de survie

Trois phénomènes principaux surviennent chez la personne lors d’un événement traumatique: la distorsion du temps (temps accéléré ou ralenti), l’amnésie et la dissociation. Ces phénomènes sont des mécanismes instinctifs de survie. Ils permettent à l’enfant de tenir le coup lorsque la charge émotionnelle de ce qui est en train de se passer le déborde. Pour illustrer ce phénomène, il suffit de se représenter la foudre qui s’abat sur une centrale électrique. Par mesure de sécurité, le disjoncteur fonctionne pour éviter l’explosion totale. Toutefois, il se peut que des centaines de maisons soient plongées dans le noir pendant plusieurs heures.

Quand l’enfant est, ou se sent, en danger de mort, quand il se retrouve tout à la fois dans l’incompréhension de ce qui lui arrive et dans un état d’impuissance totale, alors il se «coupe de lui-même» pour pouvoir rester en vie. Ce phénomène de dissociation survient qu’il y ait ou non violence physique.

Nous entendons des récits d’adultes qui expriment bien cette «déconnexion», cette «décorporation».Ils expliquent de quelle manière ils se voyaient depuis en haut, flottant au-dessus de leur corps d’enfant, qui subissait coups et viols. Parfois, ils devenaient l’oiseau qu’ils entendaient au-dehors, l’oiseau libre de s’envoler, ou encore ils se construisaient des mondes imaginaires de châteaux et de dragons où ils tenaient le rôle du prince invincible ou de la princesse intouchable.

Pour l’enfant abusé sexuellement, battu ou mis en danger, le temps réel s’arrête, une partie de lui-même le quitte – ou plutôt lui est volée – et, quand il «revient» dans son corps, il ne réintègre jamais tout à fait le «même» corps. Il revient dans un corps et dans une âme qui ont été manipulés, meurtris, violés. Cet enfant-là, humilié, blessé et trahi, s’il ne meurt pas, survivra en développant par la suite de multiples mécanismes d’adaptation au trauma qu’il a enduré2Parfois à plusieurs reprises.

Les conséquences sur le développement

A moins qu’il ne puisse dire, être cru, entendu et secouru, nous le retrouverons sans doute plus tard parmi ces adolescents qui adoptent des conduites à risque, des comportements tels que la marginalisation, la toxicomanie, l’automutilation ou le suicide. Nous le retrouverons parmi ces adolescentes tout à fait sages et transparentes qui font d’excellentes notes à l’école et qui parviennent totalement à se faire oublier, ou encore parmi ceux et celles qui adoptent des comportements «séducteurs» et «provocateurs», dont nous avons l’impression qu’ils font tout pour «inciter» un nouvel abus…

Mais il y a plus grave encore: quand un enfant est abusé de manière répétitive, quand il n’est pas considéré, ou seulement comme un objet – que l’on adule ou que l’on rejette –, quand on lui donne à ressentir encore et encore l’impuissance, la trahison, la confusion et la douleur, il n’a d’autre issue que de s’éloigner chaque fois un peu plus de lui-même, de son être profond, de son humanité.

Il grandit dans un corps avec lequel il n’est plus associé et avec une partie de lui-même qu’il enfouit parfois si profondément qu’elle en devient inaccessible. L’adolescent et l’adulte qu’il deviendra plus tard n’auront aucune envie de se souvenir de l’enfant impuissant qu’ils ont été, de l’enfant qui n’a pas pu dire «non» et qu’ils abhorrent justement pour cette raison. Non seulement ils le haïront, mais ils feront tout pour le rayer de leur conscience et le détruire.

Pour certains de ces adolescents, jeunes adultes et adultes, la seule «solution» pour arriver à cette fin sera de projeter cette partie-là d’eux-mêmes sur un autre enfant, plus petit, plus influençable, plus facile à manipuler. Ils abusent de l’autre pour lui donner à sentir la souffrance qu’eux-mêmes ne peuvent et ne veulent absolument plus ressentir. Ils maltraitent l’autre parce qu’il leur est insupportable de le voir «entier», alors qu’eux-mêmes sont morcelés; ils détruisent l’autre parce qu’ils essaient désespérément d’anéantir cet enfant impuissant qu’ils ont eux-mêmes été. Enfin, ils abusent de l’autre parce qu’ils ne savent plus comment jeter à la face du monde les souffrances endurées dans le passé et dont ils ne sont parfois même plus conscients.

Toutes les victimes de maltraitance ne deviennent pas des bourreaux; mais tous les bourreaux ont été des victimes3«L’enfant sous terreur – L’ignorance de l’adulte et son prix. » Alice Miller, éd. Aubier, Paris 1981.. La nature spécifique des mauvais traitements ne se reproduira pas forcément du bourreau sur la victime, il s’agit plutôt d’inoculer à la victime le même type de ressenti.

Le dépistage

Lorsque l’enfant maltraité peut dire sa souffrance, qu’il est entendu, cru, et que la maltraitance s’arrête, alors il peut commencer à se reconstruire, à se récupérer. Pour lui, l’essentiel, c’est de reprendre le cours naturel de son enfance, c’est pouvoir réintégrer à la fois son corps, sa place dans les générations, sa place dans la société et, très concrètement, sa place sur le terrain de jeu avec ses copains! Pour cela, il a impérativement besoin de retrouver un espace de sécurité, et cette tâche incombe aux adultes.

Toutefois, pour des raisons explicitées ultérieurement, parfois l’enfant ne parle pas, ou du moins, pas avec des mots. Il choisira plutôt des maux, qui sont autant de signes et de mécanismes de survie que l’enfant nous montre et nous donne à sentir. Même s’il ne verbalise pas sa souffrance, il va nous montrer à travers ses comportements et son corps ce qu’il endure et, si nos mécanismes de défenses ne sont pas trop érigés, ou que nous ne nous laissons pas contaminer par la peur, il est possible de les dépister!

Le dépistage n’est pas seulement lié à la somme de nos connaissances en la matière, c’est un état d’esprit.

Quels sont les signes et symptômes qui peuvent être indicateurs de maltraitances ?

Plusieurs ouvrages répertorient des listes quasi exhaustives d’indicateurs de maltraitances et d’abus sexuels; toutefois, il s’agira plutôt de les consulter en référence. L’outil privilégié du/de la professionnelle de la petite enfance, et à la fois le plus simple, consiste à nous référer à nos connaissances et à nos expériences quant aux stades de développement «normal» de l’enfant et à la liste de ses besoins fondamentaux. Avec ces deux «grilles» en tête, nous pouvons d’ores et déjà effectuer de nombreux constats!

A quelques exceptions près, révélées par le biais de consultations médicales (brûlures, déchirures, maladies sexuellement transmissibles, etc.), c’est un ensemble de signes et de comportements qui vont mettre les professionnels sur la piste:

Signes physiques, psychosomatiques, retard du développement, troubles comportementaux, troubles psychiques, difficultés relationnelles (intégration au groupe de pairs), attitude des parents (négation constante). Il arrive que l’enfant remette en scène par le biais du jeu ce qui lui est arrivé, pour tenter de donner un sens à l’événement. La réaction du groupe de pairs face à un enfant est également un indicateur; il peut y avoir un rejet, et l’enfant maltraité peut devenir le bouc émissaire ou le leader tyrannique.

Gardons en mémoire qu’un seul signe ne suffit pas pour affirmer qu’il s’agit d’une situation de maltraitance; il est toutefois essentiel de relever les signes particuliers et inquiétants et de les répertorier dans un «carnet de bord». Cela consiste à prendre note précisément des observations, des dires et des comportements de l’enfant – ou de l’interaction parent–enfant – et de les retranscrire en séparant l’aspect factuel (ce que j’ai vu, entendu) de l’aspect émotionnel (ce que j’ai ressenti) et de l’aspect intellectuel (ce que j’en pense). Séparer ces trois niveaux permet de sortir de la confusion et facilite par la suite la transmission des informations aux autres professionnels du réseau.

Pourquoi l’enfant ne parle-t-il pas?

L’enfant est souvent dans l’impossibilité de croire et de reconnaître la réalité des mauvais traitements. Il n’a d’autre choix que le déni pour continuer à survivre ou, simplement, il ne possède pas les mots pour dire, pour décrire. Certain-e-s professionnel-le-s parlent de conflit de «loyauté» pour expliciter le silence de l’enfant; mais quand un enfant dépend entièrement d’un adulte (parent) pour manger, dormir et obtenir un minimum de soins, il s’agit là non pas de loyauté mais de survie, tout simplement.

Il faut également tenir compte du phénomène d’emprise4« Violence et abus sexuels dans la famille – Une approche systémique et communicationnelle. » Reynaldo Perrone, Martine Nannini, éd. ESF, Paris, 1995, 2000. sur l’enfant. Ce phénomène, mis en place par l’auteur et souvent maintenu par un entourage non protecteur, est constitué de menaces implicites ou explicites. L’emprise peut être terroriste ou séductrice. La première impliquant souvent la violence physique engendre la terreur soit par des gestes brutaux provoquant de la douleur physique, soit par des mots orduriers et menaçants.

La seconde, que l’on retrouve plus particulièrement dans les situations d’abus sexuels, engendre, de par son caractère hypnotique, de la culpabilité, de la honte, par le biais de gestes «doux et tendres» ou par des propos «gentils, doucereux». La confusion induite est telle qu’il advient parfois que l’enfant devienne lui-même demandeur de la relation; c’est le paroxysme de la perversité.

Quels sont les mécanismes de défense de l’intervenant face à la maltraitance ?

Pour être mieux à l’écoute de ces phénomènes, il est impératif d’examiner nos propres mécanismes de défenses lorsque nous sommes confrontés à ce type de situations. C’est une chose de SAVOIR qu’un enfant montre des signes de détresse et est vraisemblablement maltraité; c’en est une autre de le CROIRE.

L’impensable, l’innommable et l’indicible ont fait que les premières images qui nous sont parvenues des camps de concentration ont été écartées et enterrées. Ce qui est insoutenable, et les tortures infligées aux enfants le sont, provoque en nous de manière automatique et naturelle des mécanismes de défense dont nous devons prendre conscience si nous voulons poursuivre notre travail et être à l’écoute de l’enfant. Si nous ne sommes pas attentifs à ces mécanismes, ils se répercutent sur l’enfant en le revictimisant.

Tableau descriptif des mécanismes de défense de l’intervenant

Le doute Mettre en doute la parole de l’enfant, la réalité des événements
La banalisation Dire ou se dire que ce n’est pas si grave, que ce n’est arrivé qu’une seule fois.
Le déni, l’inhibition du désir de savoir, de croire Faire comme si rien ne s’était passé
L’impuissance «Je ne peux rien pour lui/elle»
La toute-puissance « Je vais le/la sortir de là»
L’idéalisation de la relation parent–enfant «Le père et la mère ont l’air d’être des gens bien…» «ça va casser la famille»
L’attitude fataliste «ça devait lui tomber dessus un jour ou l’autre»
La culpabilisation «Pourquoi tu n’as pas…(par ex., parlé plus tôt) ou «tu aurais dû… (par ex., partir, dire non!)

Comme mentionné, il est très important d’en prendre conscience pour chacun d’entre nous, mais il est également utile de les connaître pour aider nos collègues, ou d’autres professionnels qui s’y trouvent souvent confrontés.

Le réseau de prise en charge5Comment mieux nager en eaux troubles – De la contamination endogène au trampoline de résilience, Carol Gachet ; 1ère ed. in : « Les Carnets de l’institut 2001/Lausanne » ISBN 2-88396-004-6

Il est utile de connaître les acteurs du réseau de prise en charge et d’avoir un minimum de connaissance du domaine juridique, parce que, dans les systèmes de maltraitance, la loi de la famille prévaut sur la loi sociale. Il sera nécessaire de réinjecter cette dernière pour remettre de l’ordre dans la famille, les générations, et pour établir les responsabilités, cela avec ou sans la collaboration des parents.

Quatre secteurs principaux sont impliqués dans la prise en charge des situations d’abus et de maltraitances, et chacun contribue de manière précise au rétablissement de l’enfant6L’ordre des secteurs ainsi que leur dénomination ont été légèrement modifiés par rapport à l’article d’origine afin de correspondre au texte original écrit par C. Gachet dans « comment nager Comment mieux nager en eaux troubles – De la contamination endogène au trampoline de résilience, Carol Gachet ; 1ère ed. in : « Les Carnets de l’institut 2001/Lausanne »ISBN 2-88396-004-6:

  • Le secteur familial et celui des personnes proches permettront que l’enfant retrouve sa place dans la famille ou dans une famille, en vue de rétablir les liens générationnels, de recréer pour l’enfant une image parentale positive et une identification aux pairs.
  • Le secteur de la santé (médical), au niveau somatique ou psychologique, veillera à la santé et au bon développement de l’enfant au niveau physique et mental.
  • Le secteur juridique aura le rôle de remettre de l’ordre dans le chaos induit précédemment en réattribuant les responsabilités, cela par le biais du Code pénal (poursuite de l’auteur des faits), du Code civil (protection de l’enfant) et de la LAVI (loi d’aide aux victimes d’infraction – reconnaissance du statut de victime).
  • Le secteur social (communauté) par le biais de l’école, du réseau social et communautaire, voire de l’appartenance à un club de sport, une association, à une église, permettra que l’enfant retrouve des valeurs sociales autres, une éthique, un sentiment d’appartenance, un lien spirituel.

Quelques pistes

Pour vous aider à sortir du sentiment d’impuissance mentionné plus haut, je vous propose ce tableau indicateur de quelques pistes qui peuvent être suivies, que ce soit à titre personnel ou au sein de l’institution.

A titre personnelAu sein de l’institution
Prendre du recul (ce n’est pas à moi que cela arrive)Avant qu’une situation ne survienne: mettre au point un protocole interne de prise en charge de ces situations.
Sortir de l’identification à l’enfant (que ce soit l’enfant réel ou l’enfant intérieur d’un des membres de la famille)Connaître les partenaires du réseau et les personnes ressources
Se positionner clairement du côté de l’enfantMettre par écrit les remarques en utilisant un carnet de bord et distinguer les faits, ressentis, pensées, théorie
Rétablir la ligne du temps, des générations (qui sont les parents – adultes responsables, qui sont les enfants?)Ne pas rester seul-e (à qui puis-je parler?)
Se faire superviserSe référer au protocole interne
Transmettre au réseau

En conclusion, la notion de «témoin secourable»

Il arrivera parfois que l’enfant maltraité ne parle pas, que l’adulte n’entende pas, que le/la professionnel-le ne voie pas…Etre un témoin secourable implique seulement de reconnaître chaque enfant comme étant un être en développement, de le respecter dans chacune des étapes de son développement, de le considérer avec respect, de l’aider à se lier à l’humanité au travers de gestes simples et basiques qui l’aideront à construire sa résilience.

C’est l’exemple du boulanger qui offre un petit pain à un petit garçon qui passe tous les matins devant la boulangerie, sans savoir que ce dernier vit le martyre à la maison; c’est la maîtresse qui accepte qu’une petite fille lise des histoires à haute voix en classe (ce qu’elle adore faire) plutôt que de faire de la couture (ce qu’elle déteste), sans savoir que cette petite est abusée quotidiennement en rentrant de l’école.

C’est permettre à l’enfant maltraité et silencieux de faire une expérience avec un adulte qui le relie à la vie et qui lui insufflera une note d’espoir, un gramme de courage pour avancer. Vous ne saurez sans doute que très rarement de qui vous serez ou vous avez été le témoin secourable.

Carol Gachet